Lettre à Rimbaud.
A l’âge où tes pareils sont sortis de l’enfance,
A seize ans, ô Rimbaud, tu devenais génie.
Appuyé sur ton poing et le cerveau en transe,
Déjà, tu enchantais les mots. Personne, ni
Hier et ni demain, ni sans doute jamais,
N’a fait sonner autant tes rimes argentines,
Et même les plus grands, bien sûr, célèbres mais
Ne pouvant avoir eu tes ardeurs enfantines.
Tu agaçais parfois par tes obscurités :
Il faut se rappeler le sonnet des voyelles,
Tu les as colorées pour l’immortalité,
Peu compréhensibles, elles sont restées belles.
Mais que de poésies, simples et devenues
Accessibles à tous et même aux plus rassis.
On revoit avec toi, ces petits au cul nu
Regardant le fournil, affamés et transis.
Et ton dormeur du val, si jeune, comme toi
Fauché par le destin, qui aurait pu sans doute
Devenir aussi grand et aussi beau qu’un roi,
Mais qui a rencontré le malheur sur sa route.
Le petit vagabond tirant les élastiques
De ses pauvres souliers, c’est tout toi, oh ami !
Si jeune, mais déjà, plein de flamme mystique,
Mais guetté par l’enfer où le destin t’a mis.
Et puis tu as laissé, comme ton bateau ivre,
Tout tomber, et tu as pour notre grand malheur
Abandonné ces mots et tout ce qui fait vivre,
Vagabondant partout, oubliant ta valeur,
Brûlant par les deux bouts le bâton de la vie,
Méprisé, méprisant et fier comme un dieu,
Tu as quitté le monde en nous laissant l’envie
De te connaître mieux. Cher compagnon, adieu!